Des Bulles et Des Hommes 2 : Grandes Joies et Petites Combines du Chasseur de Dédicaces

Publié le


… Ou plutôt l’inverse, car c’est en général la petite combine qui précède l’indicible plaisir de voir travailler un artiste sous vos yeux, couplé à celui, nettement plus coupable, de frimer devant les copains… Ceux qui comprennent la valeur d’un dessin et d’un paraphe au-delà de la valeur pécuniaire d’un album, et qui, s’ils ne connaissent pas forcément  Dupuy et Berberian –ça arrive- comprennent ce que représente de voir dessiner sous vos yeux les responsables de votre premier émoi case&bullesque.

 

 
A me lire, comme ça, au débotté, on croirait volontiers que je n’ai eu que cette dédicace de Dupuy et Berberian… Et c’est vrai qu’elle prend une saveur particulière depuis le temps que je l’attendais, et l’année de leur consécration, puisqu’ils ont reçu le Grand Prix de la Ville d’Angoulême. Ils seront président bicéphale du Jury l’année prochaine. J’avoue être d’ores et déjà curieux de voir le résultat : Ces deux-là ont eu, avec leur série Monsieur Jean, l’inspiration de cette figure du trentenaire sentimental, bien avant son succès qui lui fait aujourd’hui concurrencer la ménagère de moins de 50 ans au rang des mythes statistiques.  Mieux encore que de l’avoir trouvé avant  les autres, ils ont su le quitter, avec leur série sur les bobos  pour Fluide Glacial, le livre illustré Une élection américaine, ou le livre-disque Françoise (j’en ai déjà parlé ici). En un mot, non seulement, ils ont des idées, mais ils ont le bon goût de les renouveler. Dernière valeur ajoutée : il a fallu batailler pour obtenir la dédicace… Il fallait acheter l’album le jour même, c’est-à-dire revenir faire une file d’autant plus longue que nous n’étions pas les seuls acharnés. Foin d’une quelconque éthique, j’ai soudoyé la personne qui gardait la sortie avec mon beau sourire, et j’ai pu passer en caisse très vite, le précieux sésame coincé  dans la couverture du livre. Quand j’y pense, les autres fans devraient me détester.

 

 

 

Faisons taire le fan une seconde : Il y eut d’autres dédicaces dont plusieurs chez Soleil. Les nouvelles divisions de la collection Solaires, dirigés par une ancienne de Dupuis Expresso, paraissent prometteuses. J’attendais pour la première, celle de Jung, pour son album Couleur de peau : miel (Boussole). L’auteur nous raconte sans pathos, mais entièrement au lavis, comment, de sa Corée natale, il fut adopté par une famille belge, et son sentiment sous-jacent d’exclusion, de déracinement, et le questionnement intime qui en découle. Doit-il haïr ou remercier les personnes responsables de son adoption ? Sobre et beau. Toujours est-il qu’attendre de 10h à 11H, c’est long… Cinq ou six personnes attendaient derrière moi, et une à côté : Brice Cossu était seul avec son album Rémission. Pour tromper mon ennui, j’ai regardé l’exemplaire, et j’ai été surpris : il y a bien une quête, mais point d’épée, point de monde à sauver, et le seul chevalier présent est pour le moins fantomatique et décrépit. Les teintes sont beiges et le dessin soigné. Le temps d’aller alourdir le sac, Brice Cossu fit bien que mieux qu’aider à patienter, et il est sympa. Deux dédicaces et un constat : Soleil a élargi sa ligne éditoriale. Pourquoi pas ? Dans tous les cas, si vous trouvez Brice Cossu sur une étagère, feuilletez-le… Ne serait-ce que pour vous faire un avis. Pour finir, je laisserai la surprise fumante des dédicaces de Christophe Arleston… Pour une fois qu’un scénariste a des dédicaces qui valent le coup d’œil…

 

 

 

Toujours au chapitre des monstres sacrés, Coyote était présent. LE Coyote. Celui de Litteul Kévin et Mamouth et Piston, avec les motos, les gros bikers poilus et les jeux de mots de la grande époque de Fluide. Bonne nouvelle: il est prévu un nouvel alum du mini audiard à moto… Simplement un ouvrage pour développer l’univers des Voisins du 109, et ses personnages  qui inspirent à leur auteur une tendresse manifeste…

 

 

Vous êtes prévenus, Une séance de dédicace avec Coyote tient du purgatoire, tant il met tout à la fois vos nerfs au supplice, et vos mirettes aux anges une fois que vous y êtes. Et ce n’est pas qu’une figure de style. Vingt minutes par personne minimum. Au point que la sécurité vint nous demander de sortir, lorsque nous étions juste derrière la personne dont l’album était caressé par les ustensiles du Maître. La frustration aurait dû faire une quinzaine de morts au bas mot… Mais Coyote s’est excusé, et a délivré deux tickets pour les personnes restantes, avec injonction de ne pas refaire la queue en revenant le lendemain… Un Grand Chef joue des tours, surtout avec ce totem précis. Le lendemain, je passe devant tout le monde avec une gêne certaine, combien d’indélicats ai-je fusillé de mon sniper occulaire… ? Une seule solution, courber la tête sous le poids des gémonies ravalées, et trouer la moquette de mes pupilles rivées au sol. Ça valait le coup de courir entre les balles : Monsieur Coyote est gentil, monsieur Coyote communique, monsieur Coyote lie contact, et il veut une dédicace personnalisé pour chaque auteur… D’où le caractère codé du hérisson faisant du trapèze volant. Sans rire, cet homme est un phénomène aux cheveux longs.

 

Le temps passant, il justifie que la suite fasse l’objet du prochain article.

Correction: Il était écrit dans le paragraphe sur Coyote qu'aucun album de Litteul Kévin n'était en préparation. Le numéro du Strip de janvier 2008 me donne tort, en publiant un gag inédit. Encore pardon. 

 

Publié dans Supernovas

Commenter cet article