Où j'aurais dû céder plus tôt à ma fièvre acheteuse

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L'année du Dragon, par Vanyda et Duprat

Il est doux d’avoir ses habitudes dans une librairie donnée : On connait les rayons, on sait immédiatement où chercher un type de livres précis, et les vendeurs vous conseillent mieux car ils connaissent mieux vos goûts, et vous les leurs. Il y a aussi ces rayons où vous vous arrêtez rarement, ces livres dont la couverture vous devient aussi familière que la magazin lui-même mais qu’on achète jamais, parce que ce sont ceux auxquels on pense en dernier, lorsque le sac est déjà plein, et la carte bleue brulante rien que d’y songer. Ce serait pas raisonnable… Les éditions Carabas ont récemment mis fin à l’un de mes dilemmes typiques du genre en rééditant en un seul volume les trois tomes de l’année du dragon, de Vanyda et François Duprat. Franck est né sous le signe du Dragon dans l’astrologie chinoise, donc c’est son année. Si Kim le dit (et elle le dit)… Chacun des trois tomes porte le nom de l’un trois protagonistes, rythmé par les rêvasseries du héros qui se voit en dragon débonnaire.

Franck a 25 ans, il est provisoirement hébergé chez son frère, et travaille dans un centre aéré. Il est attiré par Kim, mais se trouve des atomes crochues avec Bernadette, sa jeune, jolie et blonde collègue. Le dilettante de Vanyda n’est pas un trentenaire mal dégrossi. Il en a la quête d’identité, mais sans l’urgence. La question récurrente de l’album est de savoir où le héros va dormir. Pour l’existentiel, sa famille en général et son frère en particulier s’en chargent. Il n’est pas le moins du monde cynique non plus. Outre son graphisme épuré, le récit présente une narration où le silence est apaisant, où la bande dessinée retrouve son sens de récit en images. Jamais n’est verbalement évoqué le balancement de Franck envers les deux jeunes filles, et les moments d’émotions se passent de paroles, comme le baiser silencieux de Bernadette, long de neuf cases au-dessus de l’évier, ou la chemise noire de Franck qui nous signale clairement l’enterrement de son père.

L’année du dragon a le graphisme d’un manga, le découpage d’un manga, et son silence serait presque celui d’un manga (en Europe, un haussement d’épaule ou un sourire ne font pas de bruit sur une page). Ce silence a comme corollaire le doute. Là où la figure de trentenaire désabusé (celle qui a supplanté la ménagère de moins de 50 ans en nombre de têtes sur l’hydre social) pose des mots péremptoires jusque dans l’incertitude, Le personnage de Vanyda et Duprat se tait. La plus grande gueule de l’histoire, c’est son frère. Bernard lui reproche son adolescence à rallonge, quand lui va avoir un gosse. Franck ne supporte pas les certitudes et le confort beauf de cet anti-lui bien rangé et fier de l’être. Il n’y a que l’agonie cancéreuse de son père pour faire barrage aux disputes, mais la famille communique assez peu, et c’est une fois sorti de l’hôpital que les mots sortent. Violemment parfois. Mais le livre n’impose pas vraiment de réponse claire.

Et puis soyons pragmatiques : une intégrale revient moins cher et prend moins de place dans la bibliothèque. En un mot, le livre est une affaire, pour qui aime ce genre d’histoire.

P.S : Reste à savoir si la personne qui me l’a emprunté a aimé. Réponse demain.

 


source image: www.bedetheque.com

Publié dans Corps Célestes

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Loula 20/03/2008 18:00

Et voilà, je l'ai trouvé à la bibliothèque, évidemment je me suis jetée dessus...
 

Loula 08/03/2008 23:54

Peut-être que je devrais chercher avant de demander, mais est-ce que tu as lu "L'immeuble d'en face" de la même Vanyda? J'avais bien aimé quand c'est sorti et depuis que le tome 2 est sorti, je me dis qu'il faudrait que je le relise pour savoir si je vais acheter la suite. En tout cas, si tu avais un avis sur cette BD pour le mettre en parallèle avec "l'année du dragon"?

09/03/2008 22:05

J'ai lu "l'immeuble d'en face", comme toi, il y a un certain temps. J'en garde un assez bon souvenir, quoi que je ne sois pas certain que les deux ouvrages soient comparables. "L'année du Dragon" est le récit d'une intrigue sentimentale.  Dans "l'immeuble d'en face", c'est une juxtaposition de petites histoires dont les personnages se croisent. Même si l'ambiance est un petit peu la même.

Stryges 08/03/2008 10:19

Ca serait sympa si tu mettais un lien vers des planches de l'album... parce que ton article m'a donné envie d'en savoir plus !

08/03/2008 15:59

Je vais essayer de faire ça, promis!