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L’Immeuble d’en face, de Vanyda

Dans les commentaires du billet sur l’année du dragon, Loula a demandé un avis comparatif entre l’ouvrage de Vanyda et Duprat publié chez Carabas, et l’Immeuble d’en face, réalisée par la seule demoiselle, sorti chez Bombom production, puis de la boîte à bulles. L’exercice semblait amusant, donc… A la demande de Loula.

L’Immeuble d’en face, ce sont les vies parallèles des habitants d’un petit immeuble lillois de trois étages sans ascenseur.  Laissant de côté une introduction toujours un peu artificielle, et qui aurait pris des pages au récit, l’auteur fournit d’entrée de jeu le trombinoscope de son histoire. Au premier étage, Rémi, 4 ans et sa mère célibataire, Béatrice, enceinte d’un deuxième enfant.  Au second, Fabienne et Jacky, un vieux couple rasant la cinquantaine rock n’ roll. Au troisième, un couple de jeunes étudiants, Claire et Louis, amoureux depuis le lycée. Comme dans l’œuvre précédente, point d’intrigue clairement définie, juste de petits moments dans chacun des appartements, aussi souvent différents que sensiblement les mêmes. La cage d’escalier est le carrefour où se croisent tout ce petit monde. On retrouve ce qui fait la griffe de Vanyda, cette façon d’embrasser le silence et l’immobilité au lieu d’en avoir peur, comme le moment où les jeunes amoureux font connaissances avec Charline, toute petite sœur de Rémi, ou dans le chapitre finale, où les personnage de se taire, quand Béatrice la mère célibataire est obligée de parler.

La couverture du premier tome, initialement paru chez Bombom productions

Au chapitre des différences notables, il faut souligner que pour sa seconde série, Vanyda se lance en solo, assurant tout à la fois la plume et le crayon... Alors que quatre mains, les siennes et celles de François Duprat, s’attelèrent ensemble à l’écriture de l’Année du dragon. La différence est sensible, notamment dans les dialogues, globalement moins percutants. Moins de répliques qui tuent dans l’Immeuble d’en face, point de fil rouge en robe d’écailles qui crache du feu pour contrebalancer les passages les plus sombres. Si Louis porte le même bouc que Franck, il n’en a pas forcément l’humour. Les deux ont le même âge, mais le premier vit déjà en couple dans un appartement quand le second squatte chez son frère depuis six mois. Par ailleurs, l’Immeuble d’en face n’est pas bloqué dans les appartements. On croise les différents protagonistes au Biplan, une salle lilloise, ou au supermarché pour les courses. De la même façon, on croise régulièrement lors de soirées tous les amis de Claire et Louis, comme l’éternel célibataire que Louis rabroue quand il regarde dans la mauvaise direction, en deux phrases et sans le regarder. On reste donc encore assez loin d’un exercice de style ou d’un huis clos.


La première planche du premier tome

En réalité, c’est la nature-même de l’ouvrage qui diffère de l’Année du dragon. Un seul tome de l’Immeuble d’en face est aussi épais l’intégrale de l’année du dragon évoquée plus haut. La narration est donc plus lente, avec une attention aux détails accrue, et certaines pages occupées par un seul strip de quatre cases, comme quand Rémi cherche des motifs pour son dessin d’Halloween, préférant un zombie à trois têtes aux araignées… ça fait pas peur, une araignée ! , ou quand Louis maltraite une guitare imaginaire son casque sur les oreilles, pris d’une danse de Saint-Guy qu’on a tous pratiqué en cachette. En nous faisant profiter du silence d’une tasse de thé solitaire dans la cuisine, Vanyda touche à ce que le genre de la tranche de vie en bande dessinée a de plus noble. Le quotidien, pas toujours tendre, mais sans mesquinerie forcée. En douceur, on voit des complicités s’éloigner, et le désir interdit faire surface de plus en plus clairement, mais sans jamais tomber dans le jugement.

Faut-il conseiller l’Immeuble d’en face à ceux qui ont aimé l’Année du dragon ? Oui, dans la mesure où on y retrouve la même esthétique. Mais l’absence d’une narration très construite risque pourtant d’en désarçonner certains.

Et toi Loula, qu’est-ce que tu en as pensé ?

source images: http://www.krinein.com , www.fnac.com

Publié dans Corps Célestes

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Loula 27/03/2008 21:12

Whoua..; Je suis impressionnée, je devrais passer ici plus souvent!! J'ai justement fini l'année du dragon hier, je te réponds dès que j'ai relu le tome 1 de l'immeuble d'en face!