Culpabilité aigre-douce

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Cette interview date de début juin 2008, peu après la sortie de l’album Le Maillot Rouge par Marianne Eskenazi. La publication d’une nouvelle planche sur son blog fournit ici l’occasion pour finir de transcrire et publier l’entretien qui suit. Toutes mes excuses pour le décalage, à l’artiste, et à ses lecteurs.

 

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Le Maillot rouge a été publié sur votre blog avant d’être publié en livre. Comment cela a-t-il démarré ?

J’avais démarré mon blog avant de démarrer cette histoire, elle est donc vraiment inscrite dans la continuité de ce que je faisais déjà. Je l’ai commencée au moment où je me séparais de mon ex compagnon. Ça me paraissait simplement l’histoire que j’avais envie de raconter

Quelles sont vos influences, au sens large ?

Ce sont des influences surtout littéraires, je dirais. J’aime énormément Marguerite Duras, ou les courants de littérature contemporains autofictionnels. En bande dessinée, j’ai des goûts très larges : j’adore Donjon, ou des choses plus récentes, comme Poulet aux Prunes, de Marjanne Satrapi, que j’ai découvert après avoir commencé ma propre bande dessinée. J’aime énormément de choses différentes.

Est-ce à dire que Le Maillot rouge aurait pu être un roman ?

C’en est un !

C’est quand même une bande dessinée… Vous revendiquez le terme de « roman graphique » ?

Oui. Il s’agit d’une écriture, c’est réellement un roman « graphique ». Ma manière d’écrire passe par le dessin, mais c’est tout à fait un roman.

On peut distinguer une dimension proustienne dans votre travail…

Malheureusement, j’ai très peu lu Proust. A chaque fois que j’ai essayé, je n’ai pas réussi à aller au bout. Ça me frustre beaucoup, car il y a nombre d’auteurs que j’aime bien qui s’y réfèrent, alors je me demande pourquoi moi, je n’y arrive pas… Donc, non, je ne peux pas dire que mes influences soient proustiennes.

Quelles différences avez-vous ressenti entre la version papier et celle publiée en ligne ?

Il y a eu de nombreuses retouches faites pour la version papier par rapport à la version en ligne. Ensuite, il y a le découpage en chapitres. Evidemment, pour moi, la grande différence, c’est la possibilité de lire l’histoire de façon suivie en tournant les pages plus aisément. C’est beaucoup moins facile à l’écran. Quand on l’a entre les mains, il y a cette dimension d’histoire suivie. Par contre, ce que j’aimais dans la version en ligne, c’était le côté « feuilleton » : La planche s’arrête, l’histoire n’est pas finie et il faut attendre la suite. C’étai sympa aussi.

A propos de la transition, le chapitre Sommeil est assez frappant. Vous avez écrit « Je me suis endormie. Endormie profondément… Longtemps ». Sur le blog, la suite de cette planche a été attendue pendant longtemps, pour voir le « réveil ». Avec le livre, l’attente et l’annonce du « réveil » prennent une toute autre dimension.

Oui… En même temps, Je ne crois pas qu’il y ait eu dans le feuilleton de moment où j’ai ralenti intentionnellement la publication, par rapport à l’histoire. Si ces planches-là ont été attendues plus longuement, c’est le hasard de mon emploi du temps, qui est toujours assez chargé, et m’a empêché de publier plus régulièrement. Mais je n’ai pas recherché un effet narratif en rallongeant le délai entre les planches.

Avez-vous rajouté des planches qui ne sont pas dans la version en ligne ?

Les planches des chapitres, uniquement.

Vous n’avez plus refait de notes sur votre quotidien après la fin du récit. Vous avez même annoncé l’arrêt du blog. Pourquoi ?

En fait, ça me paraissait assez… incongru. Je n’avais pas spécialement envie d’écrire sur mon quotidien. De plus, ça n’avait plus assez de force après la fin du Maillot rouge. C’est une histoire qui m’a fait prendre une distance par rapport aux histoires du quotidien et aux anecdotes comiques. Je n’avais pas envie de mettre en scène un personnage au jour le jour, alors plutôt que de dire aux lecteurs « attendez je vais finir par reprendre »,  j’ai préféré dire « j’arrête le blog, je n’ai plus l’envie, ça n’est plus la peine. »

Vous aviez débuté une autre histoire…

J’avais effectivement débuté une autre histoire, mais je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage que je venais de créer, et même à moi, ça ne me donnait pas envie de la continuer. Donc, je ne me suis pas forcé si la direction que cela prend ne me satisfaisait pas. 

Vous avez relancé votre blog lors de la sortie de l’album, quel avenir lui voyez-vous ?

A mon sens, une nouvelle histoire, publiée en feuilleton, car c’est là le grand avantage du blog. Mais je ne me vois pas refaire un blog sur mon quotidien comme le font la majorité des blogs BD.

Le blog deviendrait donc un support de prépublication ?

Pas nécessairement, car ce qui a sa place sur le blog ne doit pas obligatoirement aboutir par une publication sur papier. Le blog reste simplement un support de publication en ligne, sans préjuger de l’avenir de son contenu.

Vous avez injecté beaucoup de vous-même dans votre première histoire. Qu’en sera-t-il de la suite ?

Je pense que toute création implique de projeter un peu de soi-même dedans, quelle que soit la forme.  Ça me parait donc inévitable en ce qui concerne les prochaines créations.

Peut-être pas autant que pour le Maillot Rouge, pour lequel vous utilisez le terme « d’autofiction » ?

De toute façon, pour que ce soit réussi, on est obligé de mettre de soi-même…

Vous avez une activité professionnelle par ailleurs, vous êtes professeur. Avez-vous jamais envisagé de faire de la bande dessinée un métier ? De vivre de votre art ?

Si c’était possible financièrement, bien sûr. Mais ça ne l’est pas pour le moment, et je suis ravie de faire ce métier que j’ai voulu exercer, et qui me permet de payer mon loyer.

Vous définissez vous-même Le Maillot Rouge comme un « roman par le dessin » un peu plus haut. Les planches silencieuses sont nombreuses. Le dessin était-il une vocation au départ ? Avez-vous suivi une quelconque formation ?

Absolument, c’est une passion, je dessine depuis que je suis toute petite. J’ai simplement pris des cours de modèle vivant pendant un an, par volonté de progresser, pendant un an. Ensuite, je dessine toujours beaucoup, j’ai en permanence un carnet de croquis sur moi. C’est une passion depuis toujours.

Si on vous proposait un travail dans un genre totalement différent, comme par exemple un western, vous pourriez le dessiner ?

Pourquoi pas, ça dépend de qui écrit et de ce que raconte l’histoire. Je n’ai pas d’a priori sur le genre. Cela dit, il faudrait que je m’entende vraiment très bien avec le scénariste. Ça me parait être le plus difficile, parce jusqu’ici, je n’ai dessiné que des histoires écrites par moi. Je ne vois pas bien à quoi pourrait correspondre de travailler sur le récit de quelqu’un d’autre, mais je n’ai aucun préjugé. 


Le découpage en chapitre tel qu’il existe dans le livre, vous l’aviez en tête depuis le départ, ou bien était-ce une demande de l’éditeur ?

C’est quelque chose qui m’a paru évident quand j’ai décidé de présenter le projet à des éditeurs. Je l’ai réalisé au préalable, avant d’envoyer les planches. Je n’y songeais pas nécessairement en écrivant, par contre, ça me semblait une évidence en relisant l’histoire de A à Z. Il y a des groupes de planches qui ont une vraie cohérence entre elles.

A propos de la publication des auteurs qui se sont d’abord fait connaître sur leur blog, comment voyez-vous la situation évoluer ?

J’avoue ne pas avoir d’idée trop précise sur le sujet. On sent bel et bien une convergence entre la bande dessinée en ligne et la bande dessinée sur papier qui se renforce. Maintenant, je pense que ce sont deux médias complémentaires, et que l’on se dirige peu à peu vers des formes de bande dessinée en ligne qui se suffiront à elles-mêmes, sans pour autant menacer la publication papier qui a des caractéristiques foncièrement différentes. Le blog fournit un moyen d’expression et une liberté particulière à des gens qui ne la trouveraient pas autrement.

Notamment dans l’aspect d’interface avec le public, que l’on évoquait vous concernant ?

Oui, effectivement, une interface avec le public, C’est important dans le sens où c’est très motivant de montrer ses créations. Internet permet cette présentation au plus grand nombre, instantanément.

 

 Le Maillot Rouge, de Marianne Eskenazi, éditions Paquel, coll. Discovery.

 

Son blog:  http://www.blogdepaprika.com/

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King Turalo 14/03/2009 19:01

Oups !Quelle jolie bannière, j'avais pas vu !!!Merci mon ami :)

King Turalo 14/03/2009 19:00

J'espère que tu ne mettras pas autant de temps à communiquer sur les 23HBD 2009 ;)