Le retard, par Barbara Yelin

Publié le par M 31

Le temps d’un week-end, Daniel vient retrouver ses amis de jeunesse Chris, Gérard, Charlotte et Mona dans une petite maison de campagne isolée où ils passaient leurs vacances à l’époque de leurs vingt ans. Il y retrouve tout le monde, sauf Jean, leur hôte et l’instigateur de ces retrouvailles, dont l’arrivée est sans cesse repoussée, lorsque chacun l’attend avec impatience, dans ce trou creusé à l’intérieur de leur emploi du temps, à la fin de l’été. Omniprésent dans les conversations, Jean n’arrive toujours pas.

Dans Le retard, les couleurs sont ternes et les formes sont floues, comme les souvenirs que les cinq personnages essaient désespérément de retrouver. Réunis dans l’attente du sixième larron, les amis d’enfance réalisent en silence les chemins séparés que chacun a parcouru durant quinze ans, les rêves de jeunesses laissés en plan, et leur complicité perdue. Du musicien raté au petit patron, tous réalisent que les adultes qu’ils sont devenus n’ont plus rien en commun, et attendent du mystérieux Jean, dont le visage est oublié, qu’il ressoude le groupe hétéroclite. Parmi eux, Daniel retrouve en particulier Mona, jeune femme perpétuellement en quête d’ailleurs, qui espère de ces deux jours qu’ils lui rendront l’idéal de son adolescence. Silencieusement lucide sur leur amitié de jeunesse, elle ne s’en acharne que plus fort et plus violemment à restaurer ces liens irrémédiablement dissous, comme les rêves qu’elle n’a pas concrétisé à vingt ans se sont évanouis.

 

 De nouvelles relations se construisent. Mona et Daniel, Chris Gérard et Charlotte. Finalement, le retard dont il est question est sans doute moins celui de l’invité manquant, que du temps que les vieux amis ont à rattraper, voire de l’existence que certains n’ont pas vécu. La fin de l’ouvrage est agréable. Loin du constat amer que l’on attendrait sur le temps qui défait tout ce que nous étions, ce n’est pas non plus le happy end mièvre que l’on aurait pu craindre. L’ouvrage se termine malgré tout sur des sourires partagés. Comme s’il fallait en passer par la fin des amitiés adolescentes pour que les adultes nouent un  contact humain affranchi du passé. L’autre signe distinctif, tout au long de l’ouvrage, c’est le non-dit. La pression monte parfois, mais chaque fois l’explosion avorte, et permet à la vérité de s’imposer en douceur. Ici la rencontre ne détruit pas un lien. Elle en crée un nouveau, et certains se surprennent à vouloir prolonger ces retrouvailles qui peinaient à commencer.

 

S’il n’évite pas quelques clichés métaphoriques sur le temps qui passe, cet ouvrage reste original et de très bonne qualité.

source image: http://www.editionsdelan2.com/

Publié dans Corps Célestes

Commenter cet article

Rico 09/08/2006 22:36

Ben dis donc...Ca file envie de le lire.Ta description donne envie d'en savoir plus. C'est une ambiance qui, en plus, doit être difficile à retranscrire en dessin; un plus dans l'envie de découvrir cette histoire.Va falloir que je trouve ça dans ma librairie préférée ^^