Mémé d'Arménie, par Farid Boudjellal

Publié le par M 31

En janvier 2006, Futuropolis rééditait en un même volume les deux premiers tomes de Petit Polio, de Farid Boudejellal. Aujourd’hui, l’éditeur conclue sa démarche en publiant la troisième et dernière partie de cette œuvre, intitulée Mémé d’Arménie. Petit Polio s’appelle Mahmoud Slimani, il a 7 ans. D’origine algérienne, il vit à Toulon auprès de son père, sa mère, ses sœurs et son petit frère. Habile avec un crayon, il porte une chaussure orthopédique.

 

Le volume publié en janvier couvrait une période d’un an, évoquant de nombreux thèmes différents, comme la mort expliqué aux enfants, le handicap, et aussi la guerre d’Algérie. Dans  Mémé d’Arménie, l’ambiance est plus sombre et l’émotion plus sourde dès le prologue, on apprend que le père d’Abdel Slimani, le grand-père que Mahmoud n’a pas connu, est mort. Abdel décide de partir en Algérie ramener sa mère à Toulon pour qu’elle vive avec eux. En une superbe double page fixe, tout est dit du chagrin du père. En décembre 1959, Djidda (grand-mère) arrive au milieu de la nuit, encore pleine de la douleur de son deuil. Immédiatement, les enfants, comme le lecteur sentent que la vieille femme porte un lourd secret, dont la clé est peut-être la croix que Mahmoud voit dépasser des draps. 

 

En effet, la vieille dame s’appelle Marie, elle est arménienne et chrétienne orthodoxe. Ce qui semble beaucoup intéresser Armand, le chirurgien qui doit s’occuper de circoncire Mahmoud, lui-même fils d’une famille arménienne victime des massacres et qui voudrait connaître ses racines et sa famille massacrée, quand Marie cherche à les oublier. On retrouve également, le petit Rémy, qui part à Marseille, et son père, qui voudrait oublier dans la bouteille la maladie et la mort de sa femme contre laquelle il fut impuissant. Marie, Armand, Abdel, et le père de Rémy souffrent. Comme dans Petit Polio, le point de vue de l’enfant permet à Farid Boudejellal de dépasser le discours historique ou la question religieuse, pour montrer simplement l’émotion de ces quatre personnages en deuil d’un père, d’une épouse ou d’un pays.  

Loin de la diminuer, la peinture de chacune des cases, les couleurs de vieilles photos des années 50, et le signe de croix fantaisiste de Mahmoud (Au nom du père, du fils et du Saint-Esprit… Ahmed !) rajoutent un sourire aux larmes qui pourraient nous piquer les yeux. Reste Marie avec son secret, cette guerre qu’elle refuse d’évoquer pour ne pas s’ensabler dans la présence des morts, pour continuer à vivre, quasiment malgré elle. Dès lors, il fallait bien l’évènement d’une première sortie au cinéma en famille pour laisser les larmes sortir, la douleur s’écouler, et la vie continuer. Ce qui assombrit l’atmosphère de cet ouvrage, c’est sans doute le non-dit de la mort, violente et absurde. L’auteur en retranscrit une émotion très humaine, sans sombrer dans un pathos lourd et sans intérêt. On l’en remercie.

source image:  www.bdparadisio.com

Publié dans Corps Célestes

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