Avant toute chose

Bonjour à tous et bienvenue dans la Nébulleuse avec deux L, un blog consacré au 9ème art. J'y rédigerai (régulièrement?) des chroniques sur mes coups de coeurs en cases et en petites bulles. Je compte parler essentiellement des ouvrages récents et des nouveautés, mais je garderai une place pour les plus anciens. De même, si je traite essentiellement de Bande Dessinnée francophone, je ne cracherai pas sur un bon manga ou un bon comics. Enfin, je précise que les avis dans les textes présentés sont subjectifs, et je serai très heureux s'ils faisaient débat. Bonne lecture!

 

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Si certains veulent me suggérer des ouvrages, récents ou plus anciens, n'hésitez pas!

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Lundi 9 juin 2008


Plusieurs semaines se sont écoulées sans que je n’écrive rien sur cette page. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai rien lu, et encore moins que je n’ai pas écrit. Suite au festival de Romans en avril, et grâce à l’aimable entremise du ministériel Turalo, j’ai eu l’occasion de travailler au sein de Trame 9, le magazine des éditions en ligne Foolstrip.


 Je ne saurais assez dire combien j’ai aimé travailler aux côté d’Eric, Armelle, Anthony, Vincent, Emilie, Roxanne, Milie et Eric (l’autre, le nouveau). Divers éléments ont convergé qui m’ont mené dans les locaux de Foolstrip. D’abord, les 2 heures de la bande dessinée, organisée par Turalo, puis l’abonnement au magazine de Foolstrip, gracieusement offert par la bicéphale entité dirigeante, Vincent et Anthony, ou l’inverse. A l’intérieur, une démarche comme je crois en avoir trop peu vu, qui s’interroge sur le pourquoi et le comment de la création dans le neuvième art, ses figures imposées, ses sources, ses exercices de styles, et leurs origines profondes, avec cette conviction que ce n’est pas parce que l’alchimie est indéchiffrable qu’on se dispense du déchiffrement, sans jugement péremptoire et autres condamnations sans appel.

Turalo lui-même, ensuite. Parce que rien ne se serait fait sans lui. Eric et Armelle enfin, bicéphale redac’ chef (oui, encore. Ça ne facilite pas forcément les rapports avec la hiérarchie) d’un magazine qui gagne réellement à être connu. Trop rare est la presse qui sait s’adresser aussi bien au néophyte qu’au connaisseurebzine.

 En dernier lieu, et par-dessus tout ce qui précède, leur confiance. Je n’avais même pas un costume-cravate complet, mais une passion de la bande dessinée et une adhérence à leur ligne éditoriale digne du pneu-neige sur route sèche. Or… A quelques dérapages près, je crois que ça a tenu la route. J’espère avoir encore longtemps l’occasion de travailler avec eux. Eric B, je n’oublierai pas ton conseil.

Sincèrement, lisez un des numéros disponible en PDF, et faites-vous votre avis. Ils le méritent. www. foolstrip.com
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Vendredi 25 avril 2008


Criminal, tome 2 : Impitoyable!, par Ed Brubaker et Sean Phllips, Delcourt

 Outre la figure charismatique du lumineux sauveur encapé, communément appelé super héros, la bande dessinée d’outre Atlantique publiée en France s’illustre dans un autre genre, celui-ci issu de la littérature : le polar. Le polar, c’est une ambiance urbaine et glauque, des teintes sombres quand ce n’est pas du noir et blanc, un personnage principal passablement désabusé, voire cynique, et une quête de vérité qui ne fait pas l’impasse sur la noirceur humaine, y compris celle du héros. Deux genres qui n’ont a priori rien à voir, donc.

A ceci près que les auteurs sont souvent les mêmes dans les deux cas. Le Sin City de Frank Miller, qui reprit Daredevil au début des années 80, en est une illustration, avec sa violence, ses protagonistes aux sombres obsessions et son graphisme en contraste de noir et blanc, tranchant façon lame de rasoir… ou comme le katana de Miho, plus sûrement. Plus près de nous se situe Ed Brubaker, qui a commencé par l’histoire policière avant même de faire évoluer les sauveurs de l’univers. Coté cour, il laisse la parole aux flics de la ville la plus mal famée de l’univers DC. Coté jardin, il met en scène la poursuite intergalactique de Vulcain par les X-men. Ou il fait imploser the Authority en la confrontant à ses démons intimes, chez Wildstorm.

Avec Criminal, la cour est sale, ses couleurs sont ternes, et le trait impeccable réduit l’environnement à des silhouettes aussi douteuses que captivantes. L’ombre finit irrémédiablement par engloutir les personnages. Radié de l’armée pour une bavure impliquant des G.I’s, Tracy Lawless découvre en sortant du mitard que son frère est mort il y a près d’un an. De retour dans sa ville natale, Tracy a décidé de découvrir qui est l’assassin de son frère, mû par la culpabilité sous-jacente de l’abandon, il y a plus de quinze ans, quand Ricky était un môme peureux et collant. Pour mener à bien sa vengeance, Tracy décide d’intégrer la bande de Ricky… Ce second tome, Impitoyable !, où Brubaker retrouve Sean Philips, son comparse de Gotham Central, n’a aucun lien avec le précédent, et Tracy est l’exact opposé de Léo, le héros de Lâche ! Devenu soldat pour éviter la prison, Tracy est un tueur né qui veut se racheter une conduite sans oser le dire, ému par l’immaculé de la neige sur la ville, et qui ressent comme une trahison de se glisser dans les draps de Mallory, la copine de Ricky.

 La recherche de l’assassin passe par la découverte de la victime. En vingt ans, Ricky Lawless est devenu un homme que son frère ne connaissait pas. Et son équipe a l’air pressée de l’oublier. Au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans ses mensonges, Tracy renoue le fil de l’histoire, fait le lien entre l’enfant paumé qu’il a quitté et le criminel, violent, paranoïaque, mais fragile et presque touchant dont il prend peu à peu la place. Et la vérité qui prend forme à force de petites phrases lâchées au beau milieu des conversations se révèle beaucoup plus noire et complexe que ce qu’il imagine au cours du récit. Dépassé par les évènements, il panique, et la famille Lawless devient une métaphore de la ville : plus le héros essaie de s’en affranchir, plus il se précipite vers elle et s’y enchaîne irrémédiablement, se laissant implacablement mais littéralement dévoré vivant par le monstre urbain. Dans la dernière planche, Tracy n’est plus qu’une ombre dans une rue froide, comme son père avant lui, prisonnier de cette ville qu’il ne peut plus quitter.

Criminal ressemble donc à Sin City au premier abord. Unité de lieu dans une ville envahie de vice, un héros par récit, sans lien direct avec les autres, quoique tous émanations de leur environnement. Mais le dessin suggère d’entrée de jeu que les similitudes s’arrêtent là, au niveau graphique comme au niveau narratif. Le dessin est plus crade, plus sombre, bourbeux là où les visages et les silhouettes de Miller sautent à la gorge du lecteur par le jeu des contrastes. Surtout, Marv, Dwight, ou Hartigan sont des prédateurs qui s’accomplissent, quitte à y laisser leur vie. Ce n’est pas le cas de Léo dans le premier tome, et si Tracy est effectivement un tueur né proche cousin du Marv de Sin City, il n’en a pas la folie. De plus, Brubaker se garde bien de lui présenter la mort qui pourrait faire de lui une légende. Vivant, il n’est que l’une des nombreuses ombres qui composent le décor…

Le propos est maîtrisé, et l’adéquation entre le dessin et le texte presque parfaite. La faune urbaine de d’Ed Brubaker exerce une certaine fascination, jusque dans l’échec.
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Lundi 24 mars 2008

 

L’Immeuble d’en face, de Vanyda

Dans les commentaires du billet sur l’année du dragon, Loula a demandé un avis comparatif entre l’ouvrage de Vanyda et Duprat publié chez Carabas, et l’Immeuble d’en face, réalisée par la seule demoiselle, sorti chez Bombom production, puis de la boîte à bulles. L’exercice semblait amusant, donc… A la demande de Loula.

L’Immeuble d’en face, ce sont les vies parallèles des habitants d’un petit immeuble lillois de trois étages sans ascenseur.  Laissant de côté une introduction toujours un peu artificielle, et qui aurait pris des pages au récit, l’auteur fournit d’entrée de jeu le trombinoscope de son histoire. Au premier étage, Rémi, 4 ans et sa mère célibataire, Béatrice, enceinte d’un deuxième enfant.  Au second, Fabienne et Jacky, un vieux couple rasant la cinquantaine rock n’ roll. Au troisième, un couple de jeunes étudiants, Claire et Louis, amoureux depuis le lycée. Comme dans l’œuvre précédente, point d’intrigue clairement définie, juste de petits moments dans chacun des appartements, aussi souvent différents que sensiblement les mêmes. La cage d’escalier est le carrefour où se croisent tout ce petit monde. On retrouve ce qui fait la griffe de Vanyda, cette façon d’embrasser le silence et l’immobilité au lieu d’en avoir peur, comme le moment où les jeunes amoureux font connaissances avec Charline, toute petite sœur de Rémi, ou dans le chapitre finale, où les personnage de se taire, quand Béatrice la mère célibataire est obligée de parler.

La couverture du premier tome, initialement paru chez Bombom productions

Au chapitre des différences notables, il faut souligner que pour sa seconde série, Vanyda se lance en solo, assurant tout à la fois la plume et le crayon... Alors que quatre mains, les siennes et celles de François Duprat, s’attelèrent ensemble à l’écriture de l’Année du dragon. La différence est sensible, notamment dans les dialogues, globalement moins percutants. Moins de répliques qui tuent dans l’Immeuble d’en face, point de fil rouge en robe d’écailles qui crache du feu pour contrebalancer les passages les plus sombres. Si Louis porte le même bouc que Franck, il n’en a pas forcément l’humour. Les deux ont le même âge, mais le premier vit déjà en couple dans un appartement quand le second squatte chez son frère depuis six mois. Par ailleurs, l’Immeuble d’en face n’est pas bloqué dans les appartements. On croise les différents protagonistes au Biplan, une salle lilloise, ou au supermarché pour les courses. De la même façon, on croise régulièrement lors de soirées tous les amis de Claire et Louis, comme l’éternel célibataire que Louis rabroue quand il regarde dans la mauvaise direction, en deux phrases et sans le regarder. On reste donc encore assez loin d’un exercice de style ou d’un huis clos.


La première planche du premier tome

En réalité, c’est la nature-même de l’ouvrage qui diffère de l’Année du dragon. Un seul tome de l’Immeuble d’en face est aussi épais l’intégrale de l’année du dragon évoquée plus haut. La narration est donc plus lente, avec une attention aux détails accrue, et certaines pages occupées par un seul strip de quatre cases, comme quand Rémi cherche des motifs pour son dessin d’Halloween, préférant un zombie à trois têtes aux araignées… ça fait pas peur, une araignée ! , ou quand Louis maltraite une guitare imaginaire son casque sur les oreilles, pris d’une danse de Saint-Guy qu’on a tous pratiqué en cachette. En nous faisant profiter du silence d’une tasse de thé solitaire dans la cuisine, Vanyda touche à ce que le genre de la tranche de vie en bande dessinée a de plus noble. Le quotidien, pas toujours tendre, mais sans mesquinerie forcée. En douceur, on voit des complicités s’éloigner, et le désir interdit faire surface de plus en plus clairement, mais sans jamais tomber dans le jugement.

Faut-il conseiller l’Immeuble d’en face à ceux qui ont aimé l’Année du dragon ? Oui, dans la mesure où on y retrouve la même esthétique. Mais l’absence d’une narration très construite risque pourtant d’en désarçonner certains.

Et toi Loula, qu’est-ce que tu en as pensé ?

source images: http://www.krinein.com , www.fnac.com

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Jeudi 13 mars 2008

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Effleurés, par Isabelle Bauthian et Sylvain Limousi
 
Pour prolonger la lancée des histoires tortueuses et sentimentales, voici un premier album paru chez Dargaud, par deux personnes venues à la BD sans que l’on ait pu s’y attendre, dégoupillant sans préméditation un album dont l’émotion fait vibrer le lecteur sans pour cela le secouer. L’émotion tenue en laisse : elle ne vous saute pas à la gorge, et c’est plutôt agréable.

 

 
Il y a les œuvres dont on a tant rêvé la saveur qu’on est systématiquement déçu en les refermant. Ça laisse un goût d’autant plus amer qu’on a conscience d’avoir fait monter la sauce tout seul. On en reparlera peut-être ce week-end. Effleurés est l’exact contraire : rien ne prédestinait Isabelle Bauthian et Sylvain Limousi au neuvième art. Elle est comédienne et journaliste, lui a fait des études de biologie avant de se lancer comme dessinateur autodidacte. Le résultat est un fruit d’époque juste assez acidulé pour avoir de la saveur. Christophe Banti a environ 30 ans, il est cadre dans une grande entreprise, la routine le rassure. Fleur Serra, environ le même âge, est préposée à la photocopieuse, qui utilise le matériel pour des travaux personnels. Forcé d’intervenir par le râleur de service, il profite de l’occasion pour inviter la jeune femme autour d’un verre.

 

   
 
 

 Point de jeune dégingandé et nonchalant dans ces pages, ni de trentenaire trop vite grandi. Les deux personnages ont leur âge, l’assume, et sont exactement là où ils ont envie d’être.  C’est-à-dire sur deux lignes de conduite a priori si opposées que ces deux là ne devraient même pas se croiser. Mais la jeune femme est vive pétillante, fantaisiste… En un mot, inattendue dans la vie de ce casanier. Ce qui  pourrait être une liaison sans lendemain prend peu à de l’épaisseur, et une dimension presque scandaleuse : Fleur, et surtout Christian doivent faire face aux plaisanteries grasses de leurs collègues, et aux remarques,  acides sans en avoir l’air, sur la situation sociale de Fleur, tout juste employée de bureau pistonnée qui sort avec un patron. Taquine, sensuelle et imprévisible, elle réapprend la spontanéité à l’homme qui aime l’immuabilité et le contrôle. Christian découvre ainsi une vie auquel il n’a jamais été habitué. Il n’est pas contre, il est juste déboussolé. Et malgré tout… Entre son frère alcoolique, sa soif inextinguible de nouveautés et sa perpétuelle envie d’ailleurs, Fleur est difficile à cerner, à suivre, même s’il a envie de l’aimer. De son côté, Fleur se sent l’originale de service, et supporte mal d’être la caution « ouverture d’esprit » parmi les relations de Christian.


Le point de départ de l’histoire est une situation connue que les auteurs font évoluer vers quelque chose d’aigre-doux, à mi-chemin entre le regret et, une fin réussie pour les deux héros. La fin du récit, pour quelque peu attendue qu’elle soit, ne dépareille pas du reste de l’album. Aucune grandiloquence, et perce l’absurdité sous les questions qui peuvent rester en suspens dans l’esprit du lecteur : les deux amants n’auront fait que s’effleurer. L’amour de toute une vie n’était pas l’objet de ce récit, la violence passionnelle n’a jamais sa place dans les pages sue l’on tourne. D’ailleurs, les quelques scènes de conflits montrées ça et là sont bien souvent avortées par un silence et un regard. On a plein de trucs à partager, mais pas tant de choses à se dire… Effectivement, les univers parallèles, tracés limpides et  tout en courbes, ne s’interpénètrent jamais, les deux héros ne font que s’effleurer, mais ce rapprochement paradoxal, foncièrement incomplet est tout l’objet inattendu de cette narration. Les personnages sont heureux au début, heureux à la fin. Ils ne se cherchent pas, mais trouvent en eux de nouvelles choses… C’est dingue comme ça semble d’une simplicité biblique, raconté de cette façon.
 

Pépite surprise dans le flot des parutions, Effleurés a quelque chose de réellement rafraîchissant. Isabelle Bauthian et Sylvain Limousi ont, semble-t-il, de nombreux projets. Espérons qu’ils sauront la conserver.

 
Correction: comme elle l'a signalé dans les commentaires, c'est Isabelle Bauthian qui a fait des études de biologie, et non Sylvain Limousi.

source image: http://www.krinein.com
Le blog d'Isabelle Bauthian: http://hesperide.canalblog.com/

 

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Lundi 3 mars 2008

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L'année du Dragon, par Vanyda et Duprat

Il est doux d’avoir ses habitudes dans une librairie donnée : On connait les rayons, on sait immédiatement où chercher un type de livres précis, et les vendeurs vous conseillent mieux car ils connaissent mieux vos goûts, et vous les leurs. Il y a aussi ces rayons où vous vous arrêtez rarement, ces livres dont la couverture vous devient aussi familière que la magazin lui-même mais qu’on achète jamais, parce que ce sont ceux auxquels on pense en dernier, lorsque le sac est déjà plein, et la carte bleue brulante rien que d’y songer. Ce serait pas raisonnable… Les éditions Carabas ont récemment mis fin à l’un de mes dilemmes typiques du genre en rééditant en un seul volume les trois tomes de l’année du dragon, de Vanyda et François Duprat. Franck est né sous le signe du Dragon dans l’astrologie chinoise, donc c’est son année. Si Kim le dit (et elle le dit)… Chacun des trois tomes porte le nom de l’un trois protagonistes, rythmé par les rêvasseries du héros qui se voit en dragon débonnaire.

Franck a 25 ans, il est provisoirement hébergé chez son frère, et travaille dans un centre aéré. Il est attiré par Kim, mais se trouve des atomes crochues avec Bernadette, sa jeune, jolie et blonde collègue. Le dilettante de Vanyda n’est pas un trentenaire mal dégrossi. Il en a la quête d’identité, mais sans l’urgence. La question récurrente de l’album est de savoir où le héros va dormir. Pour l’existentiel, sa famille en général et son frère en particulier s’en chargent. Il n’est pas le moins du monde cynique non plus. Outre son graphisme épuré, le récit présente une narration où le silence est apaisant, où la bande dessinée retrouve son sens de récit en images. Jamais n’est verbalement évoqué le balancement de Franck envers les deux jeunes filles, et les moments d’émotions se passent de paroles, comme le baiser silencieux de Bernadette, long de neuf cases au-dessus de l’évier, ou la chemise noire de Franck qui nous signale clairement l’enterrement de son père.

L’année du dragon a le graphisme d’un manga, le découpage d’un manga, et son silence serait presque celui d’un manga (en Europe, un haussement d’épaule ou un sourire ne font pas de bruit sur une page). Ce silence a comme corollaire le doute. Là où la figure de trentenaire désabusé (celle qui a supplanté la ménagère de moins de 50 ans en nombre de têtes sur l’hydre social) pose des mots péremptoires jusque dans l’incertitude, Le personnage de Vanyda et Duprat se tait. La plus grande gueule de l’histoire, c’est son frère. Bernard lui reproche son adolescence à rallonge, quand lui va avoir un gosse. Franck ne supporte pas les certitudes et le confort beauf de cet anti-lui bien rangé et fier de l’être. Il n’y a que l’agonie cancéreuse de son père pour faire barrage aux disputes, mais la famille communique assez peu, et c’est une fois sorti de l’hôpital que les mots sortent. Violemment parfois. Mais le livre n’impose pas vraiment de réponse claire.

Et puis soyons pragmatiques : une intégrale revient moins cher et prend moins de place dans la bibliothèque. En un mot, le livre est une affaire, pour qui aime ce genre d’histoire.

P.S : Reste à savoir si la personne qui me l’a emprunté a aimé. Réponse demain.

 


source image: www.bedetheque.com
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