Avant toute chose

Bonjour à tous et bienvenue dans la Nébulleuse avec deux L, un blog consacré au 9ème art. J'y rédigerai (régulièrement?) des chroniques sur mes coups de coeurs en cases et en petites bulles. Je compte parler essentiellement des ouvrages récents et des nouveautés, mais je garderai une place pour les plus anciens. De même, si je traite essentiellement de Bande Dessinnée francophone, je ne cracherai pas sur un bon manga ou un bon comics. Enfin, je précise que les avis dans les textes présentés sont subjectifs, et je serai très heureux s'ils faisaient débat. Bonne lecture!

 

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Si certains veulent me suggérer des ouvrages, récents ou plus anciens, n'hésitez pas!

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Vendredi 26 septembre 2008

 

Cette interview date de début juin 2008, peu après la sortie de l’album Le Maillot Rouge par Marianne Eskenazi. La publication d’une nouvelle planche sur son blog fournit ici l’occasion pour finir de transcrire et publier l’entretien qui suit. Toutes mes excuses pour le décalage, à l’artiste, et à ses lecteurs.

 

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Le Maillot rouge a été publié sur votre blog avant d’être publié en livre. Comment cela a-t-il démarré ?

J’avais démarré mon blog avant de démarrer cette histoire, elle est donc vraiment inscrite dans la continuité de ce que je faisais déjà. Je l’ai commencée au moment où je me séparais de mon ex compagnon. Ça me paraissait simplement l’histoire que j’avais envie de raconter

Quelles sont vos influences, au sens large ?

Ce sont des influences surtout littéraires, je dirais. J’aime énormément Marguerite Duras, ou les courants de littérature contemporains autofictionnels. En bande dessinée, j’ai des goûts très larges : j’adore Donjon, ou des choses plus récentes, comme Poulet aux Prunes, de Marjanne Satrapi, que j’ai découvert après avoir commencé ma propre bande dessinée. J’aime énormément de choses différentes.

Est-ce à dire que Le Maillot rouge aurait pu être un roman ?

C’en est un !

C’est quand même une bande dessinée… Vous revendiquez le terme de « roman graphique » ?

Oui. Il s’agit d’une écriture, c’est réellement un roman « graphique ». Ma manière d’écrire passe par le dessin, mais c’est tout à fait un roman.

On peut distinguer une dimension proustienne dans votre travail…

Malheureusement, j’ai très peu lu Proust. A chaque fois que j’ai essayé, je n’ai pas réussi à aller au bout. Ça me frustre beaucoup, car il y a nombre d’auteurs que j’aime bien qui s’y réfèrent, alors je me demande pourquoi moi, je n’y arrive pas… Donc, non, je ne peux pas dire que mes influences soient proustiennes.

Quelles différences avez-vous ressenti entre la version papier et celle publiée en ligne ?

Il y a eu de nombreuses retouches faites pour la version papier par rapport à la version en ligne. Ensuite, il y a le découpage en chapitres. Evidemment, pour moi, la grande différence, c’est la possibilité de lire l’histoire de façon suivie en tournant les pages plus aisément. C’est beaucoup moins facile à l’écran. Quand on l’a entre les mains, il y a cette dimension d’histoire suivie. Par contre, ce que j’aimais dans la version en ligne, c’était le côté « feuilleton » : La planche s’arrête, l’histoire n’est pas finie et il faut attendre la suite. C’étai sympa aussi.

A propos de la transition, le chapitre Sommeil est assez frappant. Vous avez écrit « Je me suis endormie. Endormie profondément… Longtemps ». Sur le blog, la suite de cette planche a été attendue pendant longtemps, pour voir le « réveil ». Avec le livre, l’attente et l’annonce du « réveil » prennent une toute autre dimension.

Oui… En même temps, Je ne crois pas qu’il y ait eu dans le feuilleton de moment où j’ai ralenti intentionnellement la publication, par rapport à l’histoire. Si ces planches-là ont été attendues plus longuement, c’est le hasard de mon emploi du temps, qui est toujours assez chargé, et m’a empêché de publier plus régulièrement. Mais je n’ai pas recherché un effet narratif en rallongeant le délai entre les planches.

Avez-vous rajouté des planches qui ne sont pas dans la version en ligne ?

Les planches des chapitres, uniquement.

Vous n’avez plus refait de notes sur votre quotidien après la fin du récit. Vous avez même annoncé l’arrêt du blog. Pourquoi ?

En fait, ça me paraissait assez… incongru. Je n’avais pas spécialement envie d’écrire sur mon quotidien. De plus, ça n’avait plus assez de force après la fin du Maillot rouge. C’est une histoire qui m’a fait prendre une distance par rapport aux histoires du quotidien et aux anecdotes comiques. Je n’avais pas envie de mettre en scène un personnage au jour le jour, alors plutôt que de dire aux lecteurs « attendez je vais finir par reprendre »,  j’ai préféré dire « j’arrête le blog, je n’ai plus l’envie, ça n’est plus la peine. »

Vous aviez débuté une autre histoire…

J’avais effectivement débuté une autre histoire, mais je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage que je venais de créer, et même à moi, ça ne me donnait pas envie de la continuer. Donc, je ne me suis pas forcé si la direction que cela prend ne me satisfaisait pas. 

Vous avez relancé votre blog lors de la sortie de l’album, quel avenir lui voyez-vous ?

A mon sens, une nouvelle histoire, publiée en feuilleton, car c’est là le grand avantage du blog. Mais je ne me vois pas refaire un blog sur mon quotidien comme le font la majorité des blogs BD.

Le blog deviendrait donc un support de prépublication ?

Pas nécessairement, car ce qui a sa place sur le blog ne doit pas obligatoirement aboutir par une publication sur papier. Le blog reste simplement un support de publication en ligne, sans préjuger de l’avenir de son contenu.

Vous avez injecté beaucoup de vous-même dans votre première histoire. Qu’en sera-t-il de la suite ?

Je pense que toute création implique de projeter un peu de soi-même dedans, quelle que soit la forme.  Ça me parait donc inévitable en ce qui concerne les prochaines créations.

Peut-être pas autant que pour le Maillot Rouge, pour lequel vous utilisez le terme « d’autofiction » ?

De toute façon, pour que ce soit réussi, on est obligé de mettre de soi-même…

Vous avez une activité professionnelle par ailleurs, vous êtes professeur. Avez-vous jamais envisagé de faire de la bande dessinée un métier ? De vivre de votre art ?

Si c’était possible financièrement, bien sûr. Mais ça ne l’est pas pour le moment, et je suis ravie de faire ce métier que j’ai voulu exercer, et qui me permet de payer mon loyer.

Vous définissez vous-même Le Maillot Rouge comme un « roman par le dessin » un peu plus haut. Les planches silencieuses sont nombreuses. Le dessin était-il une vocation au départ ? Avez-vous suivi une quelconque formation ?

Absolument, c’est une passion, je dessine depuis que je suis toute petite. J’ai simplement pris des cours de modèle vivant pendant un an, par volonté de progresser, pendant un an. Ensuite, je dessine toujours beaucoup, j’ai en permanence un carnet de croquis sur moi. C’est une passion depuis toujours.

Si on vous proposait un travail dans un genre totalement différent, comme par exemple un western, vous pourriez le dessiner ?

Pourquoi pas, ça dépend de qui écrit et de ce que raconte l’histoire. Je n’ai pas d’a priori sur le genre. Cela dit, il faudrait que je m’entende vraiment très bien avec le scénariste. Ça me parait être le plus difficile, parce jusqu’ici, je n’ai dessiné que des histoires écrites par moi. Je ne vois pas bien à quoi pourrait correspondre de travailler sur le récit de quelqu’un d’autre, mais je n’ai aucun préjugé. 


Le découpage en chapitre tel qu’il existe dans le livre, vous l’aviez en tête depuis le départ, ou bien était-ce une demande de l’éditeur ?

C’est quelque chose qui m’a paru évident quand j’ai décidé de présenter le projet à des éditeurs. Je l’ai réalisé au préalable, avant d’envoyer les planches. Je n’y songeais pas nécessairement en écrivant, par contre, ça me semblait une évidence en relisant l’histoire de A à Z. Il y a des groupes de planches qui ont une vraie cohérence entre elles.

A propos de la publication des auteurs qui se sont d’abord fait connaître sur leur blog, comment voyez-vous la situation évoluer ?

J’avoue ne pas avoir d’idée trop précise sur le sujet. On sent bel et bien une convergence entre la bande dessinée en ligne et la bande dessinée sur papier qui se renforce. Maintenant, je pense que ce sont deux médias complémentaires, et que l’on se dirige peu à peu vers des formes de bande dessinée en ligne qui se suffiront à elles-mêmes, sans pour autant menacer la publication papier qui a des caractéristiques foncièrement différentes. Le blog fournit un moyen d’expression et une liberté particulière à des gens qui ne la trouveraient pas autrement.

Notamment dans l’aspect d’interface avec le public, que l’on évoquait vous concernant ?

Oui, effectivement, une interface avec le public, C’est important dans le sens où c’est très motivant de montrer ses créations. Internet permet cette présentation au plus grand nombre, instantanément.

 

 Le Maillot Rouge, de Marianne Eskenazi, éditions Paquel, coll. Discovery.

 

Son blog:  http://www.blogdepaprika.com/

publié dans : Rencontre du Neuvième type
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Dimanche 15 juin 2008


Décidément, c’est sa période. Peut-être parce qu’il est le premier des auteurs que j’aie croisé à avoir compris qu’il ne fallait même pas essayer. Même si ça a l’air lourd.

 Ça y est, ce blog que je ne nourris que sporadiquement possède une bannière, réalisée par la camarade Tit Fraise, à partir d’une dédicace de sa Blogosphérique Majesté Turalo. Depuis le temps que j’y songeais, il était temps de s’y mettre. Merci à eux deux de m’en avoir fourni l’occasion. Et merci à ceux qui passent encore de ne pas désespérer de mon silence.

Les blogs des intéressés sont disponibles respéctivement dans les colonnes de gauche et de droite. Cela dit...

http://turalo2.20six.fr

http://www.titfraise.net



* Les italiques, c'est pour la praïvète djauque entre lui, moi, et tous les emmerdeurs de bonne volonté. Qui sont, comme chacun sait, les pires.
publié dans : Cosmologie
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Lundi 9 juin 2008


Plusieurs semaines se sont écoulées sans que je n’écrive rien sur cette page. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai rien lu, et encore moins que je n’ai pas écrit. Suite au festival de Romans en avril, et grâce à l’aimable entremise du ministériel Turalo, j’ai eu l’occasion de travailler au sein de Trame 9, le magazine des éditions en ligne Foolstrip.


 Je ne saurais assez dire combien j’ai aimé travailler aux côté d’Eric, Armelle, Anthony, Vincent, Emilie, Roxanne, Milie et Eric (l’autre, le nouveau). Divers éléments ont convergé qui m’ont mené dans les locaux de Foolstrip. D’abord, les 2 heures de la bande dessinée, organisée par Turalo, puis l’abonnement au magazine de Foolstrip, gracieusement offert par la bicéphale entité dirigeante, Vincent et Anthony, ou l’inverse. A l’intérieur, une démarche comme je crois en avoir trop peu vu, qui s’interroge sur le pourquoi et le comment de la création dans le neuvième art, ses figures imposées, ses sources, ses exercices de styles, et leurs origines profondes, avec cette conviction que ce n’est pas parce que l’alchimie est indéchiffrable qu’on se dispense du déchiffrement, sans jugement péremptoire et autres condamnations sans appel.

Turalo lui-même, ensuite. Parce que rien ne se serait fait sans lui. Eric et Armelle enfin, bicéphale redac’ chef (oui, encore. Ça ne facilite pas forcément les rapports avec la hiérarchie) d’un magazine qui gagne réellement à être connu. Trop rare est la presse qui sait s’adresser aussi bien au néophyte qu’au connaisseurebzine.

 En dernier lieu, et par-dessus tout ce qui précède, leur confiance. Je n’avais même pas un costume-cravate complet, mais une passion de la bande dessinée et une adhérence à leur ligne éditoriale digne du pneu-neige sur route sèche. Or… A quelques dérapages près, je crois que ça a tenu la route. J’espère avoir encore longtemps l’occasion de travailler avec eux. Eric B, je n’oublierai pas ton conseil.

Sincèrement, lisez un des numéros disponible en PDF, et faites-vous votre avis. Ils le méritent. www. foolstrip.com
publié dans : Corps Célestes
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Vendredi 25 avril 2008


Criminal, tome 2 : Impitoyable!, par Ed Brubaker et Sean Phllips, Delcourt

 Outre la figure charismatique du lumineux sauveur encapé, communément appelé super héros, la bande dessinée d’outre Atlantique publiée en France s’illustre dans un autre genre, celui-ci issu de la littérature : le polar. Le polar, c’est une ambiance urbaine et glauque, des teintes sombres quand ce n’est pas du noir et blanc, un personnage principal passablement désabusé, voire cynique, et une quête de vérité qui ne fait pas l’impasse sur la noirceur humaine, y compris celle du héros. Deux genres qui n’ont a priori rien à voir, donc.

A ceci près que les auteurs sont souvent les mêmes dans les deux cas. Le Sin City de Frank Miller, qui reprit Daredevil au début des années 80, en est une illustration, avec sa violence, ses protagonistes aux sombres obsessions et son graphisme en contraste de noir et blanc, tranchant façon lame de rasoir… ou comme le katana de Miho, plus sûrement. Plus près de nous se situe Ed Brubaker, qui a commencé par l’histoire policière avant même de faire évoluer les sauveurs de l’univers. Coté cour, il laisse la parole aux flics de la ville la plus mal famée de l’univers DC. Coté jardin, il met en scène la poursuite intergalactique de Vulcain par les X-men. Ou il fait imploser the Authority en la confrontant à ses démons intimes, chez Wildstorm.

Avec Criminal, la cour est sale, ses couleurs sont ternes, et le trait impeccable réduit l’environnement à des silhouettes aussi douteuses que captivantes. L’ombre finit irrémédiablement par engloutir les personnages. Radié de l’armée pour une bavure impliquant des G.I’s, Tracy Lawless découvre en sortant du mitard que son frère est mort il y a près d’un an. De retour dans sa ville natale, Tracy a décidé de découvrir qui est l’assassin de son frère, mû par la culpabilité sous-jacente de l’abandon, il y a plus de quinze ans, quand Ricky était un môme peureux et collant. Pour mener à bien sa vengeance, Tracy décide d’intégrer la bande de Ricky… Ce second tome, Impitoyable !, où Brubaker retrouve Sean Philips, son comparse de Gotham Central, n’a aucun lien avec le précédent, et Tracy est l’exact opposé de Léo, le héros de Lâche ! Devenu soldat pour éviter la prison, Tracy est un tueur né qui veut se racheter une conduite sans oser le dire, ému par l’immaculé de la neige sur la ville, et qui ressent comme une trahison de se glisser dans les draps de Mallory, la copine de Ricky.

 La recherche de l’assassin passe par la découverte de la victime. En vingt ans, Ricky Lawless est devenu un homme que son frère ne connaissait pas. Et son équipe a l’air pressée de l’oublier. Au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans ses mensonges, Tracy renoue le fil de l’histoire, fait le lien entre l’enfant paumé qu’il a quitté et le criminel, violent, paranoïaque, mais fragile et presque touchant dont il prend peu à peu la place. Et la vérité qui prend forme à force de petites phrases lâchées au beau milieu des conversations se révèle beaucoup plus noire et complexe que ce qu’il imagine au cours du récit. Dépassé par les évènements, il panique, et la famille Lawless devient une métaphore de la ville : plus le héros essaie de s’en affranchir, plus il se précipite vers elle et s’y enchaîne irrémédiablement, se laissant implacablement mais littéralement dévoré vivant par le monstre urbain. Dans la dernière planche, Tracy n’est plus qu’une ombre dans une rue froide, comme son père avant lui, prisonnier de cette ville qu’il ne peut plus quitter.

Criminal ressemble donc à Sin City au premier abord. Unité de lieu dans une ville envahie de vice, un héros par récit, sans lien direct avec les autres, quoique tous émanations de leur environnement. Mais le dessin suggère d’entrée de jeu que les similitudes s’arrêtent là, au niveau graphique comme au niveau narratif. Le dessin est plus crade, plus sombre, bourbeux là où les visages et les silhouettes de Miller sautent à la gorge du lecteur par le jeu des contrastes. Surtout, Marv, Dwight, ou Hartigan sont des prédateurs qui s’accomplissent, quitte à y laisser leur vie. Ce n’est pas le cas de Léo dans le premier tome, et si Tracy est effectivement un tueur né proche cousin du Marv de Sin City, il n’en a pas la folie. De plus, Brubaker se garde bien de lui présenter la mort qui pourrait faire de lui une légende. Vivant, il n’est que l’une des nombreuses ombres qui composent le décor…

Le propos est maîtrisé, et l’adéquation entre le dessin et le texte presque parfaite. La faune urbaine de d’Ed Brubaker exerce une certaine fascination, jusque dans l’échec.
publié dans : Corps Célestes
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Samedi 12 avril 2008


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Ça a eu lieu entre le 29 et le 30 mars. Environ 50 dessinateurs, vingt-quatre planches chacun,  vingt-trois heures non-stop, une nuit blanche, et cinq « metteurs en ligne ». J’étais de ceux-là.

J’aimerais vous dire que l’ambiance était géniale, plusieurs dessinateurs regroupés dans un petit atelier tourangeaux pour une nuit passée à plancher sur un thème gracieusement fourni par les éditions en ligne Foolstrip. Hélas, comme nombre d’entre vous le savent, je suis parisien, et (malheureusement) je le reste. Pour ce qui est de l’ambiance bon enfant,  adressez-vous aux blogueurs de Tours.  En ce qui me concerne, ce fut une longue nuit d’acarien posé sur la moquette, mon ordinateur sur les genoux et une bouteille de Cola à portée de main. Levé à 11h pour être frais et dispos à 13h, j’attendais de pied ferme les premières planches de mes dix « petits protégés », participant à ce marathon, avec 3 onglets Firefox. Un pour le site, un pour l’interface de mise en ligne, et une d’imageshack.us pour héberger les images. Après quelques péripéties, je me dois d’assurer.

Les premières heures sont vides. Je bouquine en attendant de recevoir les premiers e mails. A 16h30, je m’inquiète. A 17h15, Douze m’envoie sa première planche. Pendant que je m’ennuie, ils doivent tous être entrain de phosphorer plein tube façon néon. Mon mail de revue des troupes obtient quelques réponses à ce moment-là, et tombent les premiers dessins… A noter, Kineko, qui dit singulièrement manquer d’idées. C’est entre 17h 15 et 17h30 que je réalise la difficulté principale du rôle de metteur en ligne. Outre l’ardue perspective de tenir toute la nuit jusqu’à 13h le lendemain, les artistes trouvent le moyen de me bombarder en escadrille. A ce titre, je tiens à maudire plus particulièrement Jepeh et Taillefer, qui envoyaient leurs pages par pack de trois ou quatre.

Un salut particulier à Castor et Dr Truite, muets toute la nuit, envoyant 48 planches d’un coup peu avant la fin. Sans rancune, messieurs. Turalo a pris le relais.


Entre 20h et minuit, télé bruisse, et 2 litres cola viennent renforcer mon endurance pas encore prise en défaut. Les histoires se développent, partant parfois très loin, mais il y a quelque chose de surprenant à voir l’histoire se développer quasiment en direct live sous ses yeux. Certains partent trèèès loin. D’autres trouvent juste un chemin un peu particulier. Minuit, la télé ne m’aide plus. Les retardataires s’y sont mis. Une fois résolus les mystères propres à l’interface de 20six, la mécanique est bien rodée. La première planche de Kant1 et celles de Stephenchoco ont essuyé les plâtres… N’empêche, je garde en mémoire les trois dernières pages de Toune, récalcitrantes sous mes doigts tremblants, cola vidé, l’œil liquéfié sur l’horloge. Passé 9h du matin, ce marathon BD devenait une performance physique. Au milieu de la nuit, j’actualise mes e mails comme on cède à un trouble obsessionnel compulsif. Pour passer le temps, j’envoie quelques messages de remotivation des troupes, encourageant ceux qui avancent, réconfortant ceux qui coincent.


J’ai déjà écrit ici à quel point j’aime voir un dessinateur travailler. Il y avait de cela dans ce que j’ai fait hier soir. C’était étrange. Parfois, certains artistes proposent des histoires à suivre sur leur blog. Ce fut notamment le cas de Paprika aux jeunes amours. Voire une histoire se développer pages après pages, ou ou publiée par grappes dans les magazines comme Spirou, c'est une chose. Pour les participants aux 23 heures de la BD, il s’agissait d’un défi, voire d’une épreuve physique. Enfin, je suppose, je n’y étais pas. Les artistes présents à l’atelier POP à Tours ont eu là l’occasion de faire des rencontres, de relever un défi de façon conviviale. Qu’en fut-il de ceux qui travaillait chez eux, seuls, leur table à dessiner, armé d’un crayon et, selon les cas, d’une cafetière, d’un tube de vitamine C, substance illicite, ou autres bouteilles de coca ? A la lecture, une constante demeure, qui fait la spécificité de l’exercice : l’urgence. Ceux qui trouvent immédiatement un fil rouge, ceux qui blanchissent la nuit en cherchant l’idée lumineuse, le manque de sommeil encrassant les neurones. Le récit prend-t-il une trajectoire particulière, influencé par la vitesse nocturne ?


Réponse plus tard, je n’ai pas encore tout lu. Ma vie a suivi son cours poussif le lundi matin… Et je n’ai pas tout lu durant la nuit. Je vous recommande malgré tout les quelques lectures que j'ai faites.

Merci à Piak et Turalo, les organisateurs.

Kineko
Kant1

Taillefer
Les organisateurs Piak et Turalo.
publié dans : D'autres galaxies lointaines, très lointaines
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