Interlude

Publié le par M 31

 

 

Pour rattraper l'article que je n'ai pas écrit la semaine dernière, et que je m'étais promis, en voici deux cette semaine, dont la suite de la série sur Angoulême, que je tiens à terminer.

Je tiens à saluer dans celui-ci sur Françoise Cécile, qui nous a hébergé à Angoulême, et qui s'est pris d'amitié pour le dilettante éclairé, Mlle A, qui la première m'a dit de continuer ce blog, et que j'ai (peut-être) convaincu de relire Monsieur Jean, parce qu'il ne ressemble pas à Marco Louis. Mes amitiés également à L, son homme.

 

  

Françoise, par Dupuy et Berberian  

 

 

Ça faisait longtemps qu’il n’avait plus été question de bande dessinée dans ces pages… Et ce ne sera toujours pas le cas aujourd’hui, mais presque. En effet, il faut évoquer Françoise, le dernier ouvrage de Philippe Dupuy et Charles Berberian, paru chez Naïve. Il s’agit d’un roman graphique… En fait, une courte nouvelle illustrée par ce duo de scénaristes-dessinateurs, accompagnée d’un CD de cinq musiques qui constituent la bande originale du livre. Un format auquel les deux camarades n’étaient pas habitués. Mais ni le format, fût-il inhabituel, ni les musiques, fussent-elles jouées par Charles Berberian lui-même, ne font à eux seuls le sel de cette œuvre. En effet, l’univers de Françoise semble assez éloigné de ceux que les auteurs avaient développé précédemment.  

 

Tout commence par une silhouette, celle d’une jeune femme à l’air mélancolique que le narrateur croise au gré de ses ballades. Ce n’est qu’à leur seconde rencontre, à deux tables d’écart sur une terrasse de café ensoleillée, qu’il remarque sa guitare… et ses antennes. Elle doit être musicienne, et les antennes sont sans doute son costume de scène. Intrigué malgré tout par l’étrange accessoire, le héros la dessine, et commence du bout du crayon une rêverie qu’il boira jusqu’à la lie la plus amère. En effet, alors qu’il cherche le « détail qui tue », qui lui permettrait d’aborder la jeune femme, celle-ci prend les devants : D’abord, je m’appelle Françoise, ensuite, je n’aime pas la limonade, et oui, ce sont de vraies antennes.

Dès lors s’engage un jeu du chat et de la souris qui n’a rien à voir avec celui de la séduction : les personnages ne se parleront plus, à peine se croiseront-ils au détour d’une rue. Désormais, Françoise regarde ailleurs à l’approche du héros, et lui n’est plus tellement sûr de vouloir la retenir, convaincu qu’un rendez-vous avec une télépathe équivaudrait à l’ouverture de ses tiroirs intimes qu’il ne saurait pas comment refermer. D’une certaine manière, la suite lui donne raison, puisque la jeune femme va progressivement passer du statut d’obsession à celui du rêve. Le héros rêve de Françoise. Des rêves que le dessin retranscrit, mi poétiques, mi angoissants. La jeune femme envoie-t-elle réellement des images dans la tête des gens, ou bien le héros est-il simplement en train de devenir fou ?

Françoise n’est pas une bande dessinée, c’est un livre illustré, dit « roman graphique », dont le sel tient aux dessins, qui cristallisent la multiplicité des possibles suggérés par le texte. Françoise y est toujours éclairée de façon particulière, souvent au milieu d’une foule, souvent le sourire aux lèvres. Mais Françoise ne veut-elle que du bien au rêveur maladroit qui cherche à percer son mystère, ou n’est-elle pas plutôt en train de le manipuler ? Ces rêves qu’il fait, parfois jolis, souvent étranges… Ont-ils un sens ? Comme cette plante verte souriante que Françoise doit consoler, ou ce chien, qui dort en permanence ? Et Françoise elle-même ? Vous semble-t-elle rassurante, en bleu sur fond rouge, les pupilles resserrées et le sourire aux lèvres ? Comment fonctionnent ses antennes ? Peut-elle les arrêter ? A-t-elle déjà scanné le héros? Est-ce pour cette raison qu’elle l’évite ?... Tant de questions auxquelles Dupuy et Berberian s’amusent à ne pas donner de réponse claire, préférant laisser leur personnage s’efforcer d’entendre  l’indicible dans le langage des six cordes qu’affectionne particulièrement Berberian, on le sait depuis Playslist.  

Finalement, Françoise, avec son mystère, ressemble à une récréation, pour les auteurs comme pour leurs lecteurs. Ainsi, nous sommes loin de la poésie du quotidien d’un Monsieur Jean, ou d’une Henriette, pour entrer dans une sorte d’onirisme, voire de fantastique où les deux auteurs bousculent leurs habitudes autant que les nôtres, au niveau du récit comme à celui du format. Ceux qui suivent ces auteurs l’achèteront sans hésiter. Quant aux autres… C’est une entrée en matière, quelque peu piégée, puisque loin de leurs productions précédentes. A lire donc, mais prudemment sans doute.  

 

…  

 

 

A titre personnel, j’ai beaucoup aimé.

source image: www.duber.net

Publié dans Corps Célestes

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Stryges 02/04/2007 11:08

Oui c'est tout à fait cela, dans l'album un personnage sifflote une chanson très connue "The girl from Ipanema" de Stan Getz & Joao Gilberto. Et on retrouve cette chanson dans le CD livré avec la BD. Tout du moins en ce qui concernait l'édition originale.Je suis sûr que tu connais cette chanson, sans pour autant en savoir ni le titre ni les auteurs ;)

bdu 30/03/2007 09:00

Votons Lucette !!!!

aimecer 27/03/2007 20:05

Ca a l'air tres sympa. Je ne suis pas sûr que le terme de roman graphique sit le mieux adapté pour un ouvrage qui mélange texte, images et musiques. Mais quelle experience interessante de la part d'un ateur en deux personnes qui a dejà fait la preuve des ses capacités d'innovation.

Stryges 26/03/2007 23:43

Sympa le principe du cd avec l'album ! J'ai connu ça pour un album d'Hermann : The Girl from Ipanema (chanson très connu)

M 31 27/03/2007 00:53

Je n'ai pas lu the girl from Ipanema. Tu veux dire que le CD était une chanson connue qui accompagnait l'album?
Pour Françoise, il s'agit de musiques composées par Charles Berberian lui-même qui accompagnent (fort élégamment, d'ailleurs) l'ouvrage. Franchement, en l'occurence, le mélange des genres est une réussite!